Joannie Fortin: Mon accouchement n’a finalement pas été naturel

26 janvier 2022


Cinq jours avant d’accoucher, j’ai déposé sur mon blogue un article à propos de mon accouchement. Un article où je dévoile à la totalité de mes lecteurs ce que je souhaitais le plus: accoucher naturellement.

 

Mon amoureux était bien au fait de ma décision. Il savait, au nombre de fois que je lui avais répétées, que la péridurale ne devait pas faire partie de nos discussions. La totalité de mon entourage était au courant que j’avais cet immense désir de vivre un accouchement naturel. En réalisant mon dépistage prénatal chez Prenato, j’ai pu bénéficier d’une rencontre d’accompagnement prénatal avec mon conjoint. Cette rencontre m’a permise de mieux comprendre le processus de l’accouchement et ainsi, avoir une idée plus concrète de ce que je désirais. Dès le jour un de ma grossesse, je me suis préparée mentalement.  J’ai fait l’écoute et la lecture de nombreux récits de naissance afin de comprendre comment ces femmes réussissaient à transformer la douleur des contractions en quelque chose de positif. J’ai rapidement réalisé qu’elles utilisaient toutes le même truc: la visualisation.

 

L’idée est très simple: lors de leurs contractions, ces femmes faisaient un parallèle avec un élément de leur vie qu’elles aiment. Par exemple, la mer. Chaque contraction devenait une vague par laquelle on devait se faire emporter et surfer. Ne pas la combattre. WOW ! Connaissant ma force mentale et ma capacité à me plonger dans une bulle, j’ai tout de suite adhéré au concept. Dans mon cas, pourquoi ce ne serait pas là course à pied ?

À partir de là, tout s’est enchaîné naturellement. Mon accouchement deviendrait mon marathon. Une contraction à la fois, tout comme chacun des kilomètres de ma course. Un kilomètre que je dois franchir coûte que coûte si je veux me rendre au prochain et ainsi franchir la ligne d’arrivée. Rien ne sert de voir trop loin, ce serait décourageant. Un kilomètre à la fois. Je reste concentrée et dans ma bulle. Certes, il y aura des moments plus douloureux et je sais que plus mon accouchement avancera, pire ce sera. Exactement comme à l’approche d’une montée. Plus la course progresse, plus les montées sont difficiles et douloureuses. Des montées que je franchis malgré tout en serrant les dents. Elles me font mal, mais ne me découragent pas pour autant. Je profiterai des descentes pour reprendre mon souffle.

 

C’est comme ça que je le voyais. La réalité fut toute autre…

 

Le mardi 3 janvier, 14h, à la suite de la rupture de mes membranes, on déclenche artificiellement mon travail. Déjà là, pour le côté naturel, c’est pas parti dans la bonne direction. Je n’en fais pas de cas puisque moi, ce que je ne veux pas, c’est la péridurale.

 

Mon col est dilaté à 1 cm, mais rien ne contracte pour le moment. Ça commence à se faire sentir graduellement dans les 3 heures qui suivent. 17h, je dois me concentrer de plus en plus et prendre le temps de respirer lors de chacune des contractions. Jusqu’à 22h, l’intensité des contractions augmente sans bon sens. Elles sont de moins en moins tolérables. Durant ces 5 heures, je suis passe du stade à faire des blagues pendant les contractions et à rire entre chacune d’elles, entretenir des conversations au stade où je me lamente et je me tords de douleur. Si bien que vers 22h, je suis couchée sur le côté entre chaque contraction. Mes jambes tremblent et je suis complètement dans les vapes. Honnêtement, je pense en avoir perdu des bouts.

 

Pour répondre à ta question, oui, j’ai appliqué ma technique de visualisation, pendant des heures. Oui, je me suis abreuvée des encouragements incessants de l’infirmière et de mon chum, tout comme j’ai l’habitude de le faire lors d’une course. Oui, ça m’a été fort utile afin de transformer la douleur en quelque chose de positif, mais après tout ce temps, je n’y arrive plus.

 

J’ai mal. En fait, je n’ai jamais ressenti une telle douleur de toute ma vie. Je me connais assez pour savoir que j’ai une forte capacité d’endurance dans la vie, mais là, je suis en train de songer à l’abandon de la promesse que je m’étais faite : celle d’accoucher naturellement. Si au moins j’avais su combien de temps il me restait à endurer le tout, je me serais conditionnée à persévérer. Encore 1 heure? 2 heures?  Personne n’était en mesure de me le dire. Seul l’obstétricien pouvait me donner une indication d’où en était le travail.

Il entre d’ailleurs dans la chambre vers 22h. Son évaluation du col de mon utérus allait être LA donnée déterminante pour la suite des choses. Je suis (malheureusement) à 2 cm. Ça signifie que depuis mon déclenchement, il y a 8 heures, je n’ai avancé que d’un seul petit-mini-insigifiant centimètre sur un total de 10!? Trop décourageant. Je VEUX la péridurale. C’était définitif et pleinement assumé. Impossible de continuer ainsi.

 

Dans toute cette histoire, mon amoureux n’a jamais tenté de me convaincre de prendre la péridurale. Même s’il voyait à quel point j’avais mal, il n’a jamais abordé le sujet. Il savait depuis le début de ma grossesse que mon souhait était d’accoucher naturellement. Il a respecté mon désir du début à la fin. Il était à mes côtés, me supportait mentalement, m’encourageait et exerçait des points de pression lors de mes douloureuses contractions. Et lorsque j’ai finalement opté pour la péridurale, il a tout aussi respecté mon choix. Il m’a même demandé si c’était VRAIMENT ce que je souhaitais afin de s’assurer que je n’agissais pas sur un coup de tête. Quand il a saisi à quel point j’étais sincère dans mes propos, il a continué de me soutenir. Il était conscient que ce n’était pas un choix qui me faisait plaisir et a tout fait pour que je me sente bien pour la suite des choses. Combien de fois m’a-t-il dit qu’il était fier de moi ? Je l’ignore, mais je les ai toutes entendues. Mon accouchement aurait été bien différent sans lui.

 

En moins d’une heure, toutes mes désagréables sensations sont abrégées. Je n’en reviens pas de l’efficacité de cette intervention qui, je dois bien l’admettre, me permet de souffler un peu. Si bien que je m’endors en quelques minutes. Grâce à la péridurale, j’ai pu dormir 4-5 heures d’affilée et reprendre des forces pour la dernière étape : la poussée. C’est l’obstétricien, Mathieu, un tellement sympathique docteur, qui me réveille à 4h, le matin du 4 janvier pour m’annoncer que ça y est. Je suis ENFIN dilatée à 10 cm.

Non mais, attends… Revenons en arrière 2 minutes. À 22h, je souffrais le martyre alors que j’étais uniquement à 2cm. Je n’aurais jamais été capable d’endurer 6 heures de contractions supplémentaires. D’autant plus que leur intensité ne cessait d’augmenter. Je serais morte d’épuisement bien avant d’avoir donné la vie. Bref, la péridurale, malgré le fait que je ne voulais pas du tout en entendre parler durant mon «accouchement naturel», a été sans aucun doute la meilleure décision que j’ai prise à ce moment.

La poussée s’est finalisée en 20 petites minutes. Après 4 contractions, j’avais ma belle Rosanna dans mes bras. Il était 4h50. Elle était en très grande forme. Moi aussi. Et aujourd’hui ?

 

Honnêtement, j’appréhendais ce sentiment d’échec une fois revenue à la maison. Je n’ai finalement pas accouché naturellement. Après toute cette préparation, cet entraînement, j’avais la crainte de le voir comme un échec. Mais non. Je n’y ai jamais repensé depuis l’arrivée de ma fille. En fait, je réalise que j’avais un souhait encore plus fort que celui d’accoucher naturellement: celui d’avoir un bébé en santé.

 

Ce souhait a été exaucé.

 

Ce témoignage a été entièrement écrit par Joannie Fortin. Bien qu’elle en fasse la diffusion, la clinique Prenato n’effectue à cet égard aucune recommandation médicale ou de prise de position.

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